Le Tout Puissant Mazembe tombe en Tunisie

par fstream2001

Situons d’abord un peu. En Afrique, que ce soit pour la Ligue des Champions ou l’équivalent de l’Europa League (Coupe de la Confédération, la CF) le système est le même. Quand il reste plus que huit équipes, on fait l’enchaînement deux poules de quatre puis demi-finale puis finale, le tout en aller-retour.

Direction le Nord de la Tunisie, à Bizerte. Phase de poules de la CF, le Club Athlétique Bizertin contre l’un des gros bras Africains, les RD Congolais au nom qui fait rêver du Tout Puissant Mazembé.

Bizerte et son CAB, c’est un peu l’équipe hype en Tunisie de ces deux dernières années. Un club qui progresse, une équipe joueuse de plus en plus solide, qui passe de moins en moins loin du sacre au niveau local, et qui joue à merveille son rôle de poil à gratter au niveau continental. Quelques joueurs qui frappent à la porte de l’équipe nationale Tunisienne. Ben Mustapha le jeune gardien numéro 2 de la sélection, la gueule d’ange Hadhria en numéro 10, et le solide Harrane à la récup, trois noms qui se bâtiront une réputation dans les années à venir.

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Hadhria, le futur crack ?

 

Et en face, Mazembé. Champion d’Afrique et finaliste de la coupe du monde des clubs contre l’Inter en 2010, reversé cette année à la surprise générale en CF. Un gardien fantasque, Kidiaba, qui a fait le buzz sur Eurosport à la CAN avec sa danse dégueulasse sur le cul, assis dans la surface. Et le joyau du RD Congo Trésor Mputu, meneur de jeu sensé aller vendre son talent en Belgique depuis 3-4 ans maintenant, et suspendu une année pour avoir coursé un arbitre en match amical. Voilà pour situer.

Il est 16 heures 30, le stade 15-Octobre de Bizerte est en huis-clos partiel. Le huis-clos partiel, c’est quand la fédé veut mobiliser le minimum de forces de l’ordre et pas trop se faire chier, tout en se cachant derrière un truc qu’ils appellent  la situation «  tendue au niveau sécuritaire » du pays.

Résultat, ils filent une grosse centaine d’accréditations à des privilégiés triés sur le volet, et tu te retrouves avec un micro-kop qui fait du bruit, avec un seul fumigène, dans un stade qui sonne creux. Mais c’est gérable. Initialement prévu en nocturne, le match est décalé faute d’éclairage. Les joueurs ont donc droit à un bon vieux cagnard de 35 degrés d’après-midi made in Bled.

Le temps qu’Al Jazira Sports nous assomme une autre fois avec la pénible pub Pepsi à La Vérité Si Je mens (Yallaaaaaa !) qui passe 5 fois par spot, le match peut enfin débuter.

Le coach de Mazembé, Carteron (ex-Dijon, ex-Mali ) place son équipe super bas, pour attendre les Jaune et Noir Bizertins et les surprendre en contre. C’est les Tunisiens qui monopolisent la gonfle, et essayent de varier entre longs ballons pour le grand Rwandais Karikazi -qui n’ayant qu’une autonomie de cent mètres sur 90 minutes ne bouge pas de la surface et ne fait rien- et une-deux avec le petit lutin de l’attaque, Rejaïbi, qui décroche beaucoup aux trente mètres et essaye de se défaire du marquage de Sunzu. Qui a donc délaissé la tactique militaire en Chine pour devenir footballeur Zaïrois. Pourquoi pas.

Rejaïbi tente beaucoup, se libère des espaces, place trois frappes en pivot toutes captées par Kidiaba, qui se signale sur une belle claquette suite à une frappe de loin  de Chaker Bargaoui.

Le gardien de Mazembé commence à briller, et se permet donc de faire le clown. Et un dégagement à l’entrée de sa surface façon contre de basketball, et un jongle sur passe en retrait devant Rejaïbi, manquerait plus que son équipe marque et ce serait reparti pour sa danse inexplicable.

Parlons-en du Tout Puissant. Calé dans un fauteuil devant sa défense Mputu s’amuse, fait des grand ponts avec effet à tout va (comme Bergkamp mais sans le petit 360° qui va avec)  distribue le jeu à sa guise et repère le point faible des Cabistes, à savoir le jeune et encore tendre arrière latéral Haj Mabrouk. Par trois fois Mputu le surprend par des passes en profondeur dans son dos, à l’origine des trois occases RD Congolaises. Sur l’une d’elles, le gardien Ben Mustapha se risque à une sortie inconsidérée, le centre devant le but vide est sorti en catastrophe par les défenseurs centraux Bizertins.

Par la suite, le jeu se muscle au milieu de terrain. La majeure partie de la seconde mi-temps est une bataille de crampons en avant et d’agressions caractérisées avec pour seule fantaisie le quatrième arbitre qui interrompt le jeu sous prétexte qu’il y a des erreurs sur la feuille de match. Ah l’Afrique…

Le CAB s’emmêle les pinceaux devant cette équipe regroupée qui attend sereinement le moment de placer un contre assassin. Le meneur de jeu Hadhria cherche à faire la différence lui-même alors que sa grande taille et son manque de vivacité le dessert complètement. Ce qui marchait à l’époque où il régalait en catégorie de jeunes ne fonctionne pas nécessairement chez les grands, et s’il veut un jour accéder à l’Equipe Nationale il devra étoffer son jeu.

Arrive la 87ème et le premier bon débordement de Haj Mabrouk. Son centre repoussé parvient à Salhi qui reprend de volée à l’entrée de la surface. Kidiaba se couche, capte le ballon des deux mains, et le fait rebondir contre son genou, avant qu’il ne roule misérablement dans le but. Explosion du micro-kop Bizertin, Salhi se lance dans un sprint échevelé torse poil.

Les 4 minutes de temps additionnel ne changeront rien, le CAB bat un grand d’Afrique pas franchement à son avantage et trop attentiste (l’effet Carteron-Ligue 2 ?) et prend provisoirement la tête de sa poule après trois matches. Kidiaba ne dansera pas aujourd’hui, et c’est tant mieux.

La régie d’Al Jazira Sports lance la pub direct dans la foulée, et j’y échappe juste à temps. Yalllaaaaaaa !

Streaming off. Et la mappemonde tourne pour aller voir le foot dans un autre pays du monde.

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